Artiste du commun

Il s’agit de créer dans l’espace social plutôt que dans l’atelier; sur une longue durée avec d’autres plutôt qu’en son for intérieur; de façon collective plutôt que démiurge. l’œuvre n’est pas le fruit du travail de l’artiste seul, mais celui d’une collaboration en présence entre artiste et volontaires. (…) la contribution de ces derniers ne prend pas l’allure d’une invitation ou d’une injonction ponctuelle à faire quelque chose dans un cadre spectaculaire ( exposition ou performance), mais d’une collaboration au long cours dans les lieux de la vie quotidienne. La contribution de chacun s’y apparente à une mise en commun des savoir-faire et des expériences de chacun, qui permet de créer de nouveaux communs immatériels (symboles, savoirs, rituels, communautés), et matériels (biens ou espaces gérés de manière collective1)

Estelle Zhong Mengual, L’art en commun. Réinventer les formes du collectif en contexte démocratique, Les presses du Réel – Œuvres en sociétés, 2018, 2020, p11.

COMMUN trouve ses origines à l’origine même de mon travail artistique, et la dimension d’art commun s’est développée en relation étroite avec mon histoire intime et sociale.

En 2004, j’ai participé à la première exposition collective d’art contemporain au musée du Louvre avec Marie-Laure Bernadac, comme commissaire d’exposition. Artiste et coordinatrice de cette aventure où il s’agissait de poser un regard documenté et poétique sur le musée du Louvre, j’ai été confronté d’un peu plus près aux arcanes d’une institution culturelle. Éprise de liberté, il m’est apparu assez clairement que malgré l’immense importance que représentent pour moi les lieux de contemplation, je ne pouvais plus agir aux endroits de l’art. Je me retrouvais dans une situation impossible.

Éprise de liberté dans la création de forme et sensible aux faits sociaux, reprenant ma propre mythologie : je me suis barrée.

Quelques années professeur des écoles, puis je suis sortie du cadre et me suis engagée autour du Bar, instaurant l’art comme lieu de liberté à l’abri de son instrumentalisation par la sphère marchande et politique. Assez solitaire, dans ma démarche artistique, bien que connaissant les expériences d’art participatif anglo-saxonnes ou nord-américaines, j’ai eu beaucoup de difficulté à légitimer ma position en France.

L’artiste est moins conçu comme producteur individuel d’objets distincts que comme un collaborateur, un producteur de situations; l’œuvre d’art comme objet fini, transportable, susceptible d’être vendu, est réinventée comme projet continu ou d’une durée longue avec un début et une fin indéterminés; le public, auparavant conçu comme regardeur ou spectateur est repositionné comme producteur ou participant.

Claire Bishop, Artificial Hells. ParticipatoryArt. the Politics of Spectatorship, Verso, 2012, p.2.

J’ai alors préféré m’extraire de la sphère culturelle pour continuer à produire en toute liberté jusqu’en 2014, où j’ai ressaisi cette histoire et écrit un dossier de candidature à la formation doctorale SACRE en collaboration avec Jean-François Chevrier, tentant d’articuler la dimension participative dans mon travail artistique.

La parution de l’Esthétique de la rencontre de Baptiste Morizot et Estelle Zhong Mengual2, ouvrage dans lequel je me suis bien reconnue, ( tant dans mon expérience pour produire une œuvre, que dans ma manière de collaborer avec le public ), constitue pour moi aujourd’hui un appui théorique fort pour exercer artistiquement et politiquement.

En 2014,mon histoire du COMMUN peut s’écrire comme ça,

Aujourd’hui, j’ai créé une structure adaptée, un peu à la manière des agences de production d’art en commun l’arÊTE ou l’art d’Être Tous Ensemble. Elle permet d’infiltrer l’art sur le territoire.

La recherche d’art en commun s’est imposée dès le début de mon parcours, en choisissant de sortir de l’école des Beaux arts pour sillonner la France et habiter des petites structures à la psychiatrie pour « Faire avec »3. Au même moment, j’ai été invité à écrire un article dans Des Territoires en Revue, sur l’esthétique relationnelle. Aujourd’hui, même si je souris de la forme de cette publication, j’aime rencontrer ma posture de très jeune artiste.

Des Territoire en revue, Numéro 5, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, 2001, p.117.
  • 1- Pierre Dardot, Christian Laval, Commun. essai sur la révolution au XXIe siècle, La Découverte, 2014.
  • 2- Baptiste Morizot, Estelle Zhong Mengual, Esthétique de la rencontre. L’énigme de l’art contemporain, L’ordre philosophique, Seuil, 2018.
  • 3- Faire avec, première association pour cadrer le travail avec les lieux d’accueil.

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