Travaux d’ATELIER

Mon atelier prend des formes très variées : la maison où je vis, la maison où je travaille, la base, le jardin, la rue, le quartier, la ville, la région… Ma production m’amène à partir de la création du café des pratiques à poser l’œuvre directement dans des lieux accueillant du public (salariés, stagiaires, bénévoles, usagers, citoyens, élus…) et me conduit à l’invention d’une pratique artistique très hétérogène.

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Mes « travaux d’atelier » sont ceux que je créé en « solitude » dans ces différents espaces et particulièrement dans mon espace le plus personnel que je désigne par ATELIER.

Leur matérialité est plus ancré dans une tradition picturale et sculpturale, mais je ne les relie que très peu à un système marchand ou spectaculaire. A la manière de gammes pour un musicien, ils entrainent ma capacité à associer des formes, à mettre en relation des sensations, des couleurs, des idées.

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Je pose sur la table des sons, des images, de petits objets hétéroclites en vrac, des sculptures en céramique, le journal, un ordinateur, un téléphone, quelques feutres, un pinceau avec de l’encre de chine et un pastel gras, le vert de préférence. Refusant la mise en boîte, je me balade à la frange des possibles mondes de l’art. Pour moi, tout cohabite.
« Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » 1 Adage de Maurice Denis, qui m’a souvent guidé par sa liberté. Tout l’art serait donc d’associer librement pour que « ça prenne », « ça marche », « ça cristallise ». Des couleurs dans un tableau, des images mobiles et des sons dans un film, des objets, des corps, des lieux dans une performance.
Attirée par un petit livre de Jacques Rancière, Le partage du sensible, je plante mon décor. « Le régime esthétique des arts est celui qui proprement identifie l’art au singulier et délie cet art de toute règle spécifique, de toute hiérarchie des sujets, des genres et des arts. Mais il le fait en faisant voler en éclat la barrière mimétique qui distinguait les manières de faire de l’art des autres manières de faire et séparait ses règles de l’ordre des occupation sociales. Il affirme l’absolu singularité de l’art et détruit en même temps tout critère pragmatique de cette singularité. Il fonde en même temps l’autonomie de l’art et l’identité de ses formes avec celles par lesquelles la vie se forme elle-même.»2 Cette définition suivra mon cheminement. Il dessine une sphère, dans laquelle je pense l’articulation entre esthétique et politique.

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Rancière me met sur les traces de Schiller. Dans ces Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme, il définit l’état esthétique comme un état suspendant. Il valorise le jeu, qu’il considère comme un moyen pour l’homme d’atteindre cet état esthétique. 3

Musée du Louvre, Puget, Alexandre et Diogène, bas relief.
Cela m’est égal de quel côté; ce qui compte c’est l’errance. Face à une vie où tout est calé. Ce qui importe ce sont les personnages qui sortent du mur, qui trouent le plâtre. Diogène me tend la main il a perdu un doigt. Alexandre est grand sur son cheval. La scène est cadrée, seul le pied de Diogène sort. Le sculpteur a ajouté une petite cale pour le disposer, pour qu’il ne tombe pas dans le vide. Un lion en chaîne. Ma fureur est tenue en laisse. Je trouve tant de métaphores dans les œuvres d’art.

  • (1) « Se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ». Maurice Denis dans Art et Critique des 23 et 30 août 1890
  • (2) «Le régime esthétique des arts est celui qui proprement identifie l’art au singulier et délie cet art de toute règle spécifique, de toute hiérarchie des sujets, des genres et des arts. Mais il le fait en faisant voler en éclat la barrière mimétique qui distinguait les manières de faire de l’art des autres manières de faire et séparait ses règles de l’ordre des occupation sociales. Il affirme l’absolu singularité de l’art et détruit en même temps tout critère pragmatique de cette singularité.
  • Il fonde en même temps l’autonomie de l’art et l’identité de ses formes avec celles par lesquelles la vie se forme elle-même.» Jacques Rancière, Le Partage du sensible, 2000, éditions La Fabrique, p 31
  • (3)« Mais il y a longtemps déjà que vous pourriez être tenté de m’objecter : n’est-ce pas déprécier la beauté que d’en faire un simple jeu et de l’assimiler aux objets frivoles qui de tout temps ont été appelés de ce nom ? N’est-ce pas se mettre en contradiction avec le concept rationnel et la dignité de la beauté que de la réduire à n’être qu’un simple jeu, alors qu’elle est tenue pour un instrument de culture, et n’est-ce pas se mettre en contradiction avec le concept expérimental de jeu que de le limiter à la seule beauté, alors qu’il est compatible avec des objets qui excluent tout jugement de goût ?Mais comment parler de « simple » jeu, quand nous savons que c’est précisément le jeu et le jeu seul qui, entre tous les états dont l’homme est capable, le rend complet et le fait déployer ses deux natures à la fois ? »Schiller, Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme, quinzième lettre, produit en version numérique par Charles Bolduc, bénévole,professeur de philosophie au Cégep de Chicoutimi, p148.

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